Perspective Intelligence culturelle
S’adapter sans renoncer à l’exigence
L’objectif peut rester exactement le même alors que la manière d’y conduire quelqu’un change. Confondre les deux conduit soit à renoncer, soit à se rigidifier.
LA CONFUSION
Deux erreurs opposées, produites par la même confusion.
Une organisation qui confond la manière et l’objectif finit par renoncer à des exigences légitimes en croyant faire preuve d’ouverture. Une autre, partant de la même confusion, refuse tout ajustement en croyant défendre ses standards. Les deux ont supposé qu’adapter la manière revenait à négocier le résultat.
La sécurité, les obligations légales, la dignité, les responsabilités professionnelles, les standards de qualité et les exigences éthiques ne se négocient pas. Ce qui se discute, c’est le chemin pour y conduire quelqu’un.
CE QUI S’ADAPTE
La trajectoire, pas la destination.
Le langage employé. La manière d’expliquer une attente. Le rythme d’une conversation. La façon de demander une contribution, de donner une rétroaction, de vérifier qu’une consigne a été comprise. Certains rituels d’équipe et certains mécanismes de coordination. La manière de construire la relation avant d’aborder un sujet difficile.
Aucun de ces ajustements ne réduit ce qui est attendu. Ils rendent seulement l’attente plus lisible pour la personne à qui elle s’adresse.
L’adaptation est un moyen de mieux agir. Elle n’efface ni l’objectif ni la responsabilité.
EN PRATIQUE
Nommer l’exigence, puis discuter du chemin.
L’ordre compte. Lorsque l’exigence est nommée en premier, et nommée clairement, l’ajustement qui suit ne peut plus être lu comme un renoncement : il devient visiblement un moyen. Lorsque l’ajustement vient d’abord, la même conversation laisse entendre que l’attente est négociable.
Cette clarté protège aussi la personne concernée. Une exigence qui n’a jamais été formulée explicitement ne peut pas être reprochée plus tard.
Qu’est-ce qui doit demeurer identique quoi qu’il arrive, et qu’est-ce qui peut changer dans la manière d’y arriver ?
CE QUE COÛTE L’ABSENCE D’AJUSTEMENT
Ne rien adapter n’est pas une position neutre.
Une organisation qui refuse tout ajustement croit souvent protéger ses standards. En pratique, elle transfère l’intégralité de l’effort d’adaptation sur la personne qui arrive, et elle le fait sans le dire, puisque rien n’a été formulé.
L’exigence est alors maintenue sur le papier et affaiblie dans les faits : ce qui n’a pas été compris ne peut pas être appliqué de façon fiable. Les écarts qui en résultent sont ensuite lus comme un manque de rigueur, ce qui referme la boucle. Le standard n’a pas été défendu ; il a seulement été rendu plus difficile à atteindre.
Refuser d’ajuster la manière ne rend pas l’exigence plus solide. Cela rend seulement son atteinte plus incertaine.
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