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Perspective Stratégie et gouvernance de la diversité

Ce qui n’a pas de responsable finit souvent par n’appartenir à personne

« Tout le monde est responsable » peut devenir une façon élégante de ne savoir précisément qui doit agir.

Mosaïca Conseils19 août 20264 min de lecture

  • Qui prépare ?
  • Qui décide ?
  • Qui exécute ?
  • Qui escalade ?

UNE FORMULE QUI RASSURE

« C’est la responsabilité de tous. »

La phrase est sincère et souvent juste sur le fond : la qualité des pratiques d’inclusion dépend effectivement de ce que fait chacun. Elle est aussi une manière commode de clore une discussion difficile sur l’attribution des responsabilités.

Le problème apparaît le jour où quelque chose doit être fait. Une donnée doit être compilée, un écart doit être analysé, une décision doit être préparée pour le comité. Chacun considère raisonnablement que cela relève d’un autre, et personne n’a tort, puisque rien n’a été attribué.

Une responsabilité partagée par tous devient une responsabilité vérifiable par personne.

LA DISTINCTION UTILE

Contribuer et répondre de quelque chose ne sont pas la même chose.

Beaucoup de personnes contribuent à un sujet. Une seule doit en répondre. Cette asymétrie n’a rien d’autoritaire : elle est ce qui permet à tous les autres de contribuer utilement, parce qu’ils savent à qui adresser une question, un blocage ou une proposition.

Quatre verbes suffisent généralement à clarifier une situation embrouillée. Qui prépare l’information ? Qui décide ? Qui exécute ? Qui escalade lorsque la décision dépasse son niveau ? Lorsque ces quatre réponses sont connues, la plupart des ambiguïtés disparaissent, et l’on découvre souvent que deux d’entre elles n’avaient jamais été formulées.

CE QUE PRODUIT LE VIDE

Un sujet sans propriétaire ne disparaît pas. Il ralentit.

Il continue d’exister, d’être évoqué en réunion, de figurer dans les documents. Mais il avance par à-coups, porté par qui a du temps ou de l’intérêt à ce moment-là. Les dossiers de ce type se reconnaissent à un signe : leur avancement dépend de la charge de travail d’une personne qui n’a jamais été officiellement désignée.

Ce fonctionnement a un coût caché. La personne qui porte de fait le sujet le porte sans mandat, donc sans autorité pour arbitrer et sans reconnaissance formelle. Elle finit souvent par s’épuiser ou par renoncer, et le dossier retombe alors à zéro, sans que rien n’ait été fait de travers.

NOMMER SANS CONFISQUER

Désigner un responsable ne retire rien aux autres.

L’objection est courante : nommer quelqu’un risquerait de déresponsabiliser le reste de l’organisation. Elle mérite d’être prise au sérieux, parce que c’est un effet réel : celui qu’on observe lorsqu’un comité devient le propriétaire exclusif d’un sujet.

Mais l’effet inverse est bien plus fréquent. Là où une responsabilité est clairement attribuée, les autres fonctions savent enfin à qui parler, ce qu’on attend d’elles, et ce qui sera fait de leur contribution. La clarté ne concentre pas l’engagement : elle lui donne une adresse.

Sur ce sujet, qui prépare, qui décide, qui exécute et qui escalade ?

Quand les quatre réponses viennent sans hésitation, la gouvernance existe. Quand l’une d’elles provoque un silence, c’est là que se trouve la prochaine décision à prendre.