Perspectives
À propos
Contact
Français English
Mon espace

Perspective Leadership inclusif et pratiques de gestion

Le leadership ne devrait pas disparaître lorsque le leader quitte la pièce

Le test d’un leadership transmissible commence souvent au moment où la personne qui décide habituellement n’est plus dans la pièce.

Mosaïca Conseils18 août 20264 min de lecture

Une main posée sur la poignée d’une porte entrouverte.
Ce que devient une équipe entre deux passages de son gestionnaire en dit plus long que n’importe quelle évaluation.

LE SYMPTÔME

Tout fonctionne, tant que la même personne est là.

Certaines organisations donnent d’excellents signes : les décisions se prennent vite, les dossiers avancent, les équipes sont satisfaites. Puis la personne qui tenait le fil part deux semaines, change de poste, ou quitte. En quelques jours, les décisions ralentissent, les arbitrages remontent, et des questions que personne ne posait apparaissent soudain nombreuses.

Ce n’est pas un problème de compétence des personnes restées en place. C’est un problème de transmission : ce qui permettait de décider n’avait jamais quitté une seule tête.

Une organisation peut compter beaucoup de gestionnaires et rester dépendante de très peu de décideurs.

CE QUI N’A PAS ÉTÉ TRANSMIS

On délègue des tâches beaucoup plus facilement que des critères.

Confier une tâche est simple : elle a un début, une fin et un résultat vérifiable. Confier une décision l’est beaucoup moins, parce qu’une décision suppose des critères : ce à quoi on accorde de l’importance, ce qu’on accepte de sacrifier, ce qu’on ne transige jamais.

Or ces critères sont rarement énoncés. Ils se sont formés avec l’expérience, ils paraissent évidents à celui qui les porte, et il ne lui vient pas naturellement de les expliquer. Il transmet donc la conclusion, « dans ce cas-là, on fait comme ceci », sans le raisonnement qui y mène. Le jour où la situation diffère un peu, la conclusion apprise ne sert plus, et la personne remonte la question.

CE QUE LA DÉPENDANCE PRODUIT

Une organisation apprend aussi à ne pas décider.

Lorsque toutes les décisions remontent vers les mêmes personnes, l’équipe s’ajuste : elle apprend à attendre, à préparer la demande plutôt que la solution, à ne pas trancher même dans les cas évidents. Ce comportement est souvent lu comme un manque d’initiative. C’est en réalité un apprentissage réussi : l’équipe a parfaitement compris ce qui, ici, est attendu d’elle.

C’est pourquoi les correctifs qui visent les personnes fonctionnent mal. On peut demander plus d’autonomie, l’encourager, la mesurer : tant que la dernière décision remontée a été reprise en main, le message réel reste inchangé.

LE TEST

Ce qui se passe pendant l’absence est la vraie mesure.

Il n’est pas nécessaire d’organiser un exercice. Les absences existent déjà : vacances, congés, déplacements, réunions longues. Il suffit de regarder ce qui a été décidé pendant, ce qui a attendu, et ce qui a été décidé puis repris au retour, cette dernière catégorie étant la plus instructive.

Qu’est-ce qui, la semaine dernière, a attendu mon retour sans raison réelle ?

Un leadership transmissible ne signifie pas que tout le monde décide de tout. Il signifie que chacun sait ce qu’il peut décider, dans quelles limites, et ce dont il doit rendre compte. C’est cela qui reste lorsque le leader quitte la pièce.