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Perspective Accueil, intégration et rétention

Une organisation ne retient pas seule

Une entreprise peut créer un excellent milieu de travail sans pouvoir, à elle seule, construire tout ce qui donne envie de rester.

Mosaïca Conseils18 août 20265 min de lecture

Quatre participants réunis lors d’un colloque régional en ressources humaines, devant des bannières du milieu d’accueil.
Recruter est une décision d’entreprise. Réussir l’intégration est une responsabilité partagée avec le territoire.

LE CONSTAT

Des organisations exemplaires voient partir des personnes qu’elles avaient bien intégrées.

Le cas revient souvent, et il déstabilise. L’intégration au travail avait été soignée : les attentes étaient claires, le gestionnaire présent, l’équipe accueillante, l’autonomie bien dosée. Sur le plan professionnel, rien n’expliquait le départ.

Ce qui s’est joué se trouvait ailleurs : un logement provisoire qui n’est jamais devenu autre chose, un conjoint qui n’a pas trouvé d’emploi, des enfants qui ne se sont pas fait d’amis, l’absence de vie sociale en dehors des collègues, l’impossibilité de faire venir sa famille, un permis de conduire qui tarde et rend tout compliqué.

Une personne ne quitte pas seulement un emploi. Elle quitte un endroit où sa vie n’a pas réussi à s’installer.

TROIS COUCHES QUI NE SE REMPLACENT PAS

L’organisation, le milieu de vie, le territoire.

L’organisation agit sur le travail : les attentes, le gestionnaire, l’autonomie, la reconnaissance. C’est sa part, elle est réelle, et personne d’autre ne peut la faire à sa place.

Le milieu de vie agit sur tout ce qui commence quand la journée se termine : le logement, les services, la famille, les relations, la possibilité de participer à quelque chose. Une organisation peut faciliter certaines de ces choses ; elle ne peut pas les produire.

Le territoire, enfin, détermine la capacité collective à transformer une arrivée en installation. Ce n’est pas la somme des deux couches précédentes : c’est ce qui rend possible, ou non, le fait de se projeter ici dans cinq ans.

CE QUE LE MILIEU PEUT FAIRE QUE L’EMPLOYEUR NE PEUT PAS

Offrir un espace de confiance qui ne dépend pas de l’employeur.

C’est peut-être la contribution la plus sous-estimée des acteurs publics et communautaires. Une personne récemment arrivée hésite souvent à dire à son employeur ce qui ne va pas, parce que son statut, son logement et parfois son permis y sont liés. Le lien de dépendance est réel, et il n’a rien à voir avec la qualité de la relation.

Un organisme d’accueil, une municipalité ou un groupe communautaire offre alors quelque chose que l’entreprise ne peut pas offrir : un endroit où l’on peut dire les choses sans que cela engage son emploi. Ce n’est pas un service de plus. C’est une position différente.

Le rôle du milieu ne se résume donc pas à offrir des services : il consiste à créer des conditions : de logement, de mobilité, de vie sociale, de participation, dans lesquelles une installation devient possible. Et cela se pense à long terme, pas sur le trimestre en cours.

CE QUE CELA CHANGE POUR UN EMPLOYEUR

Reconnaître la limite, c’est pouvoir bien faire sa part.

Admettre qu’on ne retient pas seul n’est pas une manière de se décharger. C’est ce qui permet de cesser de porter seul ce qu’on ne peut pas porter, et de savoir avec qui travailler pour le reste. Les organisations qui réussissent le mieux ne sont pas celles qui font tout : ce sont celles qui savent exactement où s’arrête leur périmètre, et qui ont pris la peine de connaître les gens qui couvrent le reste.

Qui, en dehors de nous, contribue à ce qu’une personne reste ici, et lui avons-nous déjà parlé ?

Cette réflexion, nous la partageons aussi en conférence « Intégration en région : le rôle stratégique du leadership public et communautaire » s’adresse aux décideurs publics, municipaux et communautaires qui travaillent, avec les employeurs, à rendre une installation possible.

Nos conférences