Du point de vue politique, les enjeux s'entremêlent et nos leaders doivent jongler avec un paquet de principes tout aussi fondamentaux les uns que les autres : capacité d'intégration, primauté de la langue française, cohésion sociale, alignement de nos valeurs communes, besoins économiques des groupes démographiques. De quoi en perdre le nord.
En région, plusieurs organismes ont déposé des propositions concrètes et constructives pour une politique d'immigration plus prévisible, mieux adaptée aux réalités locales. Au Saguenay, on observe un consensus, à ma grande satisfaction.
L'immigration, tant temporaire que permanente, s'impose comme un levier indispensable à notre dynamisme économique et social - mais pas à n'importe quel prix. Deux éléments de succès jugés essentiels reviennent: un soutien à la construction de logements abordables et des moyens additionnels pour faciliter l'intégration et la rétention.
Un moratoire, ok, le temps de se consulter. Mais une fois réfléchi, mettons-nous en action immédiatement et que chacun prenne ses responsabilités. Des familles sont inquiètes pour leur avenir, des entreprises envisagent fermer des quarts de travail et refuser des opportunités d'affaires. Autant de drames qui peuvent fragiliser notre tissu social et économique.
Un tel projet de société repose sur les épaules de tous. Paliers gouvernementaux, entreprises, organismes économiques et sociales, citoyens et nouveaux arrivants. La chaîne ne sera jamais plus forte que son maillon le plus faible.
Qu'il le veuille ou non, l'employeur est un vecteur d'influence incontournable dans la démarche d'accueil, mais il ne peut pas tout faire seul. J'entends régulièrement : « tu es entrepreneur, construis des immeubles pour tes immigrants! » Si c'était si simple...
Le logement, c'est l'affaire des promoteurs immobiliers, une expertise pointue qui requiert un environnement fiscal et légal sur lequel les gouvernements ont des leviers, à eux de jouer.
L'employeur accueillant, pour sa part, recrute à grands frais et assure un climat d'accueil performant. Un mandat trop souvent sous-estimé par les principaux intéressés.
On croit qu'il suffit de payer une agence de recrutement internationale et de transférer le mandat d'accueil à son coordonnateur RH, quelle erreur!
Nous avons le privilège au Saguenay de bénéficier d'une immigration économique qui représente plus de 70% des nouveaux arrivants. Une chance, puisque ces personnes arrivent dans contexte favorable. Des compétences déjà reconnues par l'employeur et des fonds suffisants pour subvenir à leurs besoins dès leur arrivée. Un avantage précieux pour favoriser l'intégration et l'inclusion. Mais croire que tout est joué sans effort de la part de la société d'accueil témoignerait d'une naïveté inquiétante.
La dernière décennie m'a convaincu de l'importance à accorder à l'enseignement de nos « particularités ». Le langage Québécois étant l'exemple la plus frappant. On embauche en exigeant le français en oubliant le facteur « Québec ». Un douloureux apprentissage, croyez-moi!
Donnons-nous les moyens de nos ambitions et que tout le monde mette l'épaule à la roue. Arrêtons de penser que c'est l'affaire des autres. On est quand même en train de construire le Québec de demain.