Cette pratique créait autrefois une certaine distance avec mes nouveaux collègues musulmans. Il faut dire que je suis athée et, ayant vécu la transformation du Québec des 40 dernières années, j'entretenais un biais inconscient : celui de devoir recommencer notre combat pour la laïcité, si durement gagné. Or, je constate qu'il persiste autour de moi des écarts de perception assez tenaces.
Pour certaines personnes, le ramadan n'est rien de plus qu'une forme de jeûne observée pendant un mois et pour d'autres, c'est une tradition qui rappelle le carême d'antan. Pour les musulmans, le ramadan est une période de prière et de réflexion, de spiritualité et de partage. Et c'est aussi l'un des premiers sujets abordés avec nos nouveaux collègues musulmans. On en discute pour mieux comprendre, mais parfois on n'en parle pas, et c'est là que ça pose un problème.
On n'en parle pas parce qu'on ne veut pas froisser, croyant le sujet sensible, trop intime. Or, il est essentiel d'en parler pour mieux comprendre son importance, ses bienfaits sur la santé, mais aussi ses risques, particulièrement dans le contexte professionnel. Au Québec, Ramadan ou non, la vie suit son cours normal. Les accommodements, s'il y a lieu, se font au cas par cas.
Dernièrement, au sein de mon entreprise, un travailleur a failli se faire heurter par un équipement mobile. Dans leur rapport, nos enquêteurs ont avancé des causes, mais ont délibérément omis de mentionner la cause fondamentale recueillie de la bouche même de l'employé. Au dernier jour du ramadan, il se disait épuisé, parce qu'il était déshydraté. Gênés et soucieux de respecter leur collègue, les enquêteurs ont jugé le sujet trop sensible pour en faire mention par écrit.
Heureusement, notre directeur général a été avisé verbalement de cet élément nouveau, et a su y réagir avec innovation et maturité. Il a en effet consulté notre responsable accueil et intégration, lui-même musulman, qui avait demandé au préalable l'avis d'un imam (un guide spirituel) pour conseiller nos travailleurs et les autoriser à interrompre leur jeûne si leur intégrité physique était compromise. Parallèlement, la démarche d'accommodement raisonnable fut effectuée tel que la loi le stipule. Moralement et légalement, on était couvert.
Le ramadan est un bel exemple de l'incompréhension et de l'ignorance à l'égard des autres cultures et des coutumes qui les caractérisent. Comme tout changement de société, on peut le prendre sous deux angles : soit en exacerbant les différences et en creusant un fossé avec l'autre, soit en s'ouvrant à l'autre pour mieux comprendre le monde qui nous entoure.
L'ouverture et la curiosité sont des outils remarquables. Avec eux, disparaissent la discrimination et la xénophobie. Et ce, au prix d'un peu de courage et de cohérence. On ne pourra pas dire cette fois, qu'un manque de budget restreint notre capacité à régler le problème.