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Jeune joueur vu de dos, maillot de soccer de l'équipe canadienne, face à un stade au coucher du soleil

Un enfant d'Abidjan. Un maillot canadien. Une histoire québécoise

· Publié dans Informe Affaires le 13 juin 2026 · Voir la publication originale →

Dans quelques jours, des Québécois vont célébrer des buts du Sénégal, du Maroc, d'Haïti ou de l'Algérie avec autant d'enthousiasme que ceux du Canada. Pour la première fois de son histoire, la Coupe du monde de soccer se déroule en partie sur le sol canadien. Pendant quelques semaines, des millions de personnes suivront des équipes qu'elles ne regardent habituellement jamais.

Et c'est peut-être là que se cache une leçon que nos débats sur l'identité et l'immigration oublient souvent. Depuis des années, le Québec demande aux nouveaux arrivants de s'intéresser à sa langue, à sa culture et à ses références collectives. Beaucoup le font naturellement. Cette saison encore, autour des Canadiens de Montréal, des personnes venues des quatre coins du monde ont appris les noms des joueurs, suivi les séries éliminatoires et partagé les émotions d'une province entière.

Personne ne les y a obligées.

Aucune loi n'a été adoptée pour leur apprendre à aimer le hockey. Aucun programme n'a été créé pour leur expliquer pourquoi un but en prolongation peut faire exploser de joie tout un quartier.

Ils l'ont fait parce que l'être humain possède une capacité remarquable : celle d'adopter de nouvelles références sans abandonner celles qu'il porte déjà.

Or, pendant la Coupe du monde, le mouvement s'inverse.

Des Québécois qui ne regardent jamais le soccer vont soudainement suivre le parcours du Maroc, du Sénégal ou d'Haïti. Des collègues et des voisins expliqueront le hors-jeu à ceux qui ne le comprennent pas encore. Certains hocheront la tête sans être totalement convaincus. Puis finiront par saisir les règles du jeu. Exactement comme tant de nouveaux arrivants ont dû apprendre ce qu'était un dégagement refusé au hockey.

Ce qui est fascinant, c'est que personne ne perçoit cela comme une menace.

S'intéresser au Sénégal ne rend pas moins Québécois. Encourager le Maroc ne fait pas disparaître le fleurdelisé.

Au contraire, l'expérience collective s'élargit.

Le sport ne règle pas les débats sur l'identité, l'intégration ou l'immigration. Mais le sport démontre quelque chose que les discours oublient parfois : l'intérêt pour l'autre n'efface pas ce que nous sommes.

Au milieu de cette Coupe du monde se trouve une image éloquente. Il y a quelques années, un jeune garçon né à Abidjan arrive à Montréal avec sa mère. Il grandit à Notre-Dame- de-Grâce, se développe au CS Saint-Laurent puis au CF Montréal, avant d'atteindre les grandes ligues européennes.

Aujourd'hui, Ismaël Koné portera les couleurs du Canada devant le monde entier.

Son parcours ne met pas fin aux débats. Il rappelle simplement une réalité bien québécoise : il est possible d'arriver d'ailleurs et de devenir pleinement d'ici.

Pendant quelques semaines, des Québécois feront exactement ce que tant d'immigrants ont fait avant eux : s'intéresser à une passion collective qui n'était pas la leur au départ. Et ils découvriront peut-être ce que le sport semble avoir compris depuis longtemps : une culture forte n'est pas celle qui craint la rencontre. C'est celle qui est suffisamment confiante pour l'accueillir.

Cette chronique a été publiée initialement dans Informe Affaires, dans le cadre de la série Chronique ÉDI signée par les consultants de Mosaïca Conseils. Lire la version originale sur informeaffaires.com →

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