Perspectives
À propos
Contact
Français English
Mon espace
Groupe d'enfants aux origines diverses jouant au basketball ensemble dans un gymnase d'école

Le Québec qu'on cherche tient dans un gymnase d'école

· Publié dans Informe Affaires le 16 mai 2026 · Voir la publication originale →

Il y avait des drapeaux. Des hymnes. Des regards qui brillaient. Et un public qui applaudissait, à mesure que défilaient ceux qui portaient leurs origines comme un trésor.

Ce n'était pas une cérémonie d'État. C'était un gymnase d'école primaire, à Saguenay. Du 13 au 16 avril, mon enfant a vécu la « Semaine des richesses de nos origines ».

Et j'y ai vu ce que des décennies de discours ne savent plus produire.

Dans le gymnase, des enfants ont défilé avec leurs drapeaux. Le regard allumé. La fierté au visage. La joie dans chaque pas. Les autres élèves les ont accueillis avec des applaudissements. Pas des sourires polis. Des applaudissements vrais. Le genre qui décolle du sol.

La directrice, émue, leur a dit l'essentiel. Que c'est ensemble qu'on apprend à vivre ensemble. Que c'est ensemble qu'on apprend à avoir les mêmes valeurs.

Et moi, devant la vidéo qui circulait sur les réseaux, je n'étais plus un consultant. J'étais un père. Un père immigré qui regardait son enfant défiler, applaudi par ses camarades, fier de qui il est et de l'endroit où il grandit.

Mon enfant n'a pas eu à choisir entre ses racines et son école. Entre le pays qu'il porte dans son prénom et le Québec qu'il porte dans son français. Ce que des générations d'immigrants ont espéré, je l'ai vu en quelques minutes. Sans condition. Sans déchirure. Avec des applaudissements.

Dans ce gymnase, personne ne comptait les accents. Personne ne mesurait les teintes de peau. Personne ne jugeait les vêtements. Des enfants québécois et internationaux applaudissaient. Pas la diversité, ils ne connaissent pas le mot. Ils applaudissaient un ami.

Pendant ce temps, le Québec adulte transformait l'immigration en carburant électoral. On en fait des chiffres. On en fait une menace.

Et pourtant.

Dans des gymnases du Québec, des enfants nous montrent que le vivre-ensemble n'est pas un slogan. C'est une compétence. Elle se cultive. Ces enfants ont déposé leurs racines au cœur de l'école québécoise comme un cadeau. Et l'école les a accueillies. Sans condition. Sans soupçon.

Voilà la leçon.

Le vivre-ensemble n'est pas la dilution des identités. C'est la rencontre de fiertés assumées.

La liberté individuelle n'est pas un rappel à l'ordre. C'est la condition pour que chacun ose entrer dans le gymnase, drapeau en main, sans baisser les yeux.

Ces enfants ont compris ce que beaucoup d'adultes ont oublié : qu'on ne défend pas une société en excluant ceux qu'on a invités, ni une culture en refusant celles qui veulent s'y greffer.

À Madame la directrice, à son équipe, à ces enfants : merci. Mon enfant et ses amis garderont ce souvenir bien après avoir oublié tous les discours politiques qu'ils entendront.

Ce jour-là, un gymnase d'école primaire a fait ce que les tribunes politiques ne savent plus faire. Reste à en ouvrir les portes au reste du Québec.

Dans ce gymnase, le Québec était grand. À hauteur de ses enfants.

Cette chronique a été publiée initialement dans Informe Affaires, dans le cadre de la série Chronique ÉDI signée par les consultants de Mosaïca Conseils. Lire la version originale sur informeaffaires.com →

Partager LinkedIn Courriel Retour à toutes les chroniques
Poursuivre la lecture

D'autres chroniques à découvrir