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Rive rocheuse d'un lac du Saguenay-Lac-Saint-Jean au coucher du soleil, forêt en arrière-plan

Juillet, mode d'emploi

· Publié dans Informe Affaires le 12 juillet 2026 · Voir la publication originale →

Ici, des saisons, on n'en a pas des tonnes : il y a l'hiver, pis la journée où ils réparent l'asphalte. Et cette journée-là, il faut savoir la pogner.

Mon voisin me l'a montré d'une phrase, lancée par-dessus la clôture un matin de juin, sur le ton d'un gars qui vient de gagner à la loto : « Il fait beau là, faut en profiter! » Ce n'était pas une remarque sur la météo, c'était une alarme. Parce qu'ici, l'été n'est pas une saison : c'est une urgence nationale. La preuve? Au premier cinq degrés d'avril, le voisin ressort le BBQ et se promène en bermuda dans la slush. Cinq degrés. Le gars a gelé tout l'hiver à moins trente, là, son corps est convaincu qu'on est rendus à Cancún.

Et un jour, on vous dit « on s'en va à la plage ». Vous pensez sel, vagues, horizon. Vous arrivez devant un lac. Saint-Gédéon. L'eau est à dix-huit degrés, ce que le Québécois appelle « tiède ». Quelqu'un, déjà rentré jusqu'au cou, les lèvres virant au mauve, vous crie : « Embarque, est bonne! » Traduction : « je fais de l'hypothermie pis je cherche de la compagnie. » Vous embarquez. Elle n'est pas bonne. Mais vous mentirez au suivant, vous aussi, parce que c'est ça, la vraie tradition. Ils appellent ça une plage. Normal : après six mois d'hiver, on est prêts à appeler n'importe quoi une plage.

Mais une plage, ici, c'est surtout un rassemblement : la cabane à patates qui rouvre, l'odeur des frites dans le vent, les enfants couverts de sable, trois générations sur la même couverte au bord de l'eau.

Et tout ça se planifie longtemps d'avance. Les camps de jour se remplissent dès le mois de mars, en pleine tempête. Puis arrive la mi-juillet, cette année, du 19 juillet au 1ᵉʳ août, le Québec ne ralentit pas : il ferme. Un tuyau pète chez vous le 20 juillet? Félicitations, vous êtes propriétaire d'une piscine intérieure jusqu'au 4 août. Partout, les courriels répondent tout seuls : « Absent, de retour le 4 août, bon été! » Le plombier, le boss, le maire. Tout le monde a sacré son camp, au chalet, au camping, ou trois heures plus loin pour se baigner dans un autre lac, alors qu'ils en ont un magnifique au bout de la rue. Mais celui-là, voyez-vous, c'est le leur.

Et ce que l'été m'a vraiment appris tient en un mot : « viens-t'en ». Viens-t'en au lac, viens-t'en souper, viens-t'en te baigner. Ce n'est pas une politesse, c'est une porte qu'on ouvre.

Ma seule erreur, la première année, fut de répondre « une autre fois » par gêne.

L'autre fois n'arrive jamais si l'on ne dit jamais oui.

Cette chronique a été publiée initialement dans Informe Affaires, dans le cadre de la série Chronique ÉDI signée par les consultants de Mosaïca Conseils. Lire la version originale sur informeaffaires.com →

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