Perspectives
À propos
Contact
Français English
Mon espace
Flacon de parfum posé sur une surface grise, ambiance feutrée

Les Québécois ont le nez fin!

· Publié dans Informe Affaires le 28 mars 2025 · Voir la publication originale →

J'ai de bonnes raisons de me souvenir de mon premier vol transatlantique. Direction Lyon, un premier voyage de ski père-fils dans les Alpes françaises! 

À bord d'un impressionnant Boeing 747 d'Air France, nous prenons place. À ma gauche, mon paternel, et à ma droite, un homme d'affaires dans la quarantaine à la stature impressionnante. Il retourne chez lui, me dit-il. Comme je suis de nature sociable et curieuse, les sujets de conversation ne manqueront pas pour les six heures que durera le vol. Mais voilà qu'une odeur envahit mes narines : « ça sent le swing », comme on dit en bon québécois. Le voyage sera long... 

Il m'est arrivé depuis de vivre à maintes reprises une situation semblable.

Bien des années plus tard, en tant que propriétaire d'entreprise, je réalise à quel point une simple caractéristique culturelle peut interférer dans les relations et même briser une dynamique d'équipe. J'ai donc le devoir de trouver des solutions le cas échéant : il en va du bien-être collectif. 

Réflexion faite, nous sommes un peu étranges, nous, les Québécois! Notre relation avec les odeurs est particulièrement... aseptisée. On n'aime pas lorsque « ça sent fort ». La sueur, la nourriture, les parfums : avec modération, s.v.p.! Ailleurs dans le monde, on est souvent plus tolérants à l'égard des odeurs corporelles. Pourquoi donc?

Ma réponse : notre climat, notre histoire, nos habitudes de vie. Nos hivers québécois nous contraignent, quelques mois par année, à nous réfugier dans des maisons dotées d'un facteur d'isolation qui désoriente beaucoup d'immigrants - hotte de cuisine, échangeur d'air, fenêtres triple verre. Une gestion complexe et serrée des odeurs est indispensable chez nous : autrement, l'arôme du poisson cuit en janvier sera toujours là le printemps venu. 

En entreprise, on échange ouvertement sur ce genre de sujet délicat et d'une importance telle qu'il est abordé dans un document où nos « règles de vie incontournables » sont expliquées. Présent à chaque mission de recrutement international, je me fais un devoir de me déplacer pour une importante réunion d'une heure où j'explique cet aspect de notre culture. Nous faisons signer un contrat symbolique aux éventuels candidats, puis je repars. 

Je suis d'avis que communiquer ces exigences culturelles avant l'entrée en poste de personnel venant de l'étranger est un devoir de l'employeur, un geste de respect élémentaire.

Aujourd'hui, fort de ces convictions communes, on se donne le droit de parler, pour le bien commun. « Le président en a parlé, nous aussi on peut ». Aujourd'hui, savoir parler des questions d'odeurs corporelles et d'hygiène est une compétence reconnue. Nos futurs gestionnaires seront d'excellents communicateurs, humbles et courageux. 

Comme toute société, le Québec a ses particularités culturelles et les comprendre favorise une adaptation fluide et une évolution commune.

Nous sommes à l'aube de voir apparaître une nouvelle génération de leaders qui nous distinguera et qui pourrait fort bien établir le Québec comme la référence en matière d'intégration des nouveaux arrivants. À nous d'y voir.

Cette chronique a été publiée initialement dans Informe Affaires, dans le cadre de la série Chronique ÉDI signée par les consultants de Mosaïca Conseils. Lire la version originale sur informeaffaires.com →

Partager LinkedIn Courriel Retour à toutes les chroniques
Poursuivre la lecture

D'autres chroniques à découvrir