On me pose souvent la question : pourquoi les personnes immigrantes choisissent-elles le Québec ? La citoyenneté canadienne, l'éducation des enfants, la qualité de vie. Ces raisons existent. Elles sont légitimes.
Mais mon déclic, à moi, ne vient ni d'un objectif administratif ni d'un calcul financier. Il est né d'un entrepreneur québécois.
Avant d'immigrer, j'ai participé à plusieurs mandats de recrutement depuis Sfax, en Tunisie. J'y ai rencontré des employeurs venus chercher des compétences, bien sûr, mais surtout des personnes. Ce qui m'a marqué, ce n'était ni l'urgence de pourvoir des postes ni les discours sur la performance. C'était la posture. Le respect. L'égalité dans l'échange. La simplicité dans la relation.
Lors d'un mandat en particulier, Martin était venu recruter. Entre deux entrevues, on parlait de culture, de respect, de valeurs. Des sujets rarement centraux dans un processus d'embauche. À la fin de la journée, il y a eu une invitation : venir découvrir la province. C'est à ce moment-là que mon choix d'immigrer au Québec a pris tout son sens.
J'ai choisi cette province à cause de ses entrepreneurs. Et, comme moi, des milliers de personnes ont fait ce choix à cause d'eux.
C'est là que tout se joue
Le véritable point d'ancrage avec le Québec, ce n'est ni une loi ni un programme. C'est l'entrepreneur. Il est la première porte, le premier visage, le premier repère dans un territoire encore abstrait. Avant les démarches administratives et les cours de francisation, il y a un employeur qui fait confiance et qui incarne, au quotidien, une culture du travail, mais aussi une certaine idée du Québec.
Mais parfois, cet ancrage se fragilise
Il se fragilise lorsque les messages culturels et les valeurs restent flous.
Il se fragilise lorsque les structures d'accueil et d'intégration sont trop fragiles pour porter le poids des réalités humaines et professionnelles.
Il se fragilise quand les lois paraissent déconnectées du terrain et des réalités opérationnelles.
Il se fragilise lorsque l'inclusion est perçue comme un processus naturel, qui se fera tout seul, ou comme l'effort d'une seule partie.
Il se fragilise lorsque les histoires de succès sont racontées comme des parcours simples, alors qu'elles sont souvent le résultat d'un travail immense, patient et exigeant, autant du côté de l'employeur que du travailleur.
Sans ancrage humain solide en milieu de travail, il n'y a pas d'ancrage durable au Québec. À l'inverse, quand ce lien est reconnu, soutenu et outillé, les trajectoires changent, les projets prennent racine et tout devient possible.
Des histoires liées à la diversité, j'en ai beaucoup. Trop pour un seul article. Alors je vous propose de poursuivre la réflexion ensemble.
Quels sujets aimeriez-vous que j'aborde à partir de cette réalité du terrain ? Vos questions sont souvent celles que d'autres vivent sans oser les formuler.
Et c'est souvent là que commence le vrai dialogue.
Je vous souhaite une merveilleuse année 2026 !